Du col du Lautaret aux Pôles

Communiqué Recherche
le  19 mai 2026
Ice shelf Nansen - Antartica © R. Fletcher
Ice shelf Nansen - Antartica © R. Fletcher
La fonte des calottes polaires au Groenland et en Antarctique va jouer un rôle majeur dans l’élévation du niveau des mers. La communauté scientifique essaie de prédire leur évolution dans un climat changeant. L’un des paramètres clés de ces modélisations est l’eau de fonte.
L’eau de fonte participe à l’élévation du niveau des mers directement, en ruisselant, et indirectement, en déstabilisant et en fracturant la calotte polaire. Dans le cadre de sa thèse, Glenn Pitiot, de l'Institut des géosciences de l'environnement (IGE), s’intéresse à l’origine de cette eau de fonte et à son interaction avec la neige.

Observation au col du Lautaret

Une bonne modélisation, comme une bonne recette de cuisine, repose avant tout sur de bons ingrédients. La première étape consiste donc à les identifier, et pour cela le Col du Lautaret est un terrain expérimental très riche. Cet hiver, les scientifiques de l'IGE ont simulé la fonte du manteau neigeux à l’aide de colorants, nous permettant ainsi de comprendre comment l’eau s’écoule dans le manteau. De la surface jusqu’à la base du manteau, l’eau passe par des chemins préférentiels et s’arrête en se concentrant à certains endroits. En regelant, l’eau forme ainsi des couches de glace qui impactent à leur tour l’écoulement. L'objectif était donc d’identifier ce qui bloquait l’eau à ces différents horizons. Pour cela, l’évolution du manteau, de l’état sec à l’état mouillé, a été suivi en traquant l’origine de ces couches de glace.
écoulement d'eau dans la neige
À gauche, percolation d’eau colorée dans la neige, mettant en évidence le rôle des croutes de glace. À droite, représentation schématique de l’écoulement d’eau dans la neige

Poursuite du travail au pôle nord et en laboratoire

Un manteau neigeux alpin, de par son épaisseur et les conditions météorologiques qu’il rencontre, est très différent d’un manteau neigeux polaire. Forts de leurs résultats et des expériences réalisées avec l'appui du Jardin, au col du Lautaret, les chercheurs sont tout le mois de mai, au Spitzberg, à Ny-Ålesund (79° Nord), dans l’objectif de comprendre l’interaction de l’eau de fonte avec un manteau neigeux polaire.

Ces deux campagnes de mesures nourriront un “bestiaire” des phénomènes influençant l’écoulement de l’eau dans le manteau neigeux. L’année prochaine, l'équipe de l'IGE souhaite reproduire ces phénomènes en laboratoire, en contrôlant les principaux paramètres. Cela leur permettra ensuite de développer des lois de calcul (paramétrisations) qui seront implémentées dans le modèle de neige Crocus de Météo-France.
Finalement, notre travail, depuis l’observation au Col du Lautaret, puis la reproduction en chambre froide, jusqu’à l’implémentation dans un modèle numérique, nous permettra de mieux comprendre la perte de masse des calottes du Groenland.
 
Texte et illustration : Glenn Pitiot, IGE
Publié le  19 mai 2026
Mis à jour le  19 mai 2026